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Un
modèle pour l'analyse organisationnelle
Comment analyser la pertinence et la capacité
de fonctionnement d'une organisation ?
Pour aborder ce sujet difficile, pourquoi ne pas partir d'une définition
simple de l'organisation ?
Organisation = Structure + activité.
A cette définition initiale
assez conventionnelle préférons une définition plus
opérante.
| Définition
interne |
Une organisation
est un processus qui conduit à la satisfaction d'objectifs
en s'appuyant sur des moyens. |
| Définition
externe |
Une organisation
est un dispositif qui sert une finalité en subissant un contexte. |
| Où
: |
La
finalité correspond à des buts de niveau supérieur
à l'organisation (par exemple : ceux de l'entreprise : produits
ou services, politiques, stratégie,
).
Le contexte correspond aux données d'environnement de l'organisation.
Il a des composantes liées à l'organisation (par exemple
: la culture de l'organisation ou de l'entreprise) ou indépendants
de l'organisation (par exemple : le marché ou la situation
économique). |
Application des principes
de maturité
L'application du principe de maturité
permet de garder à l'analyse une finalité opérationnelle.
Il va permettre une analyse plus proche du besoin et du contexte réels
que ne le serait une analyse moins relativiste.
Fut-elle de haut niveau, une approche conceptuelle rencontrerait plus
difficilement les préoccupations pratiques de l'organisation et
du commanditaire d'une mission, ses résultats auraient du mal à
s'exprimer en termes d'actions compréhensibles d'amélioration.
Nous pouvons partir sur trois niveaux a priori
:
| 1 |
Existence de l'organisation
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| 2 |
Organisation opérationnelle |
| 3 |
Organisation maîtrisée |
Ces niveaux a priori nous donneront un fil directeur
qui permettra d'apprécier par une analyse progressive, la maturité
réelle de l'organisation, l'état de ses besoins. La confrontation
à la réalité de l'organisation pourra nécessiter
une décomposition plus fine ou aménagée de ces niveaux.
Existence de l'organisation
L'organisation existe-t-elle ?
La question peut paraître incongrue mais une organisation apparemment
identifiée peut ne pas avoir atteint ce statut d'existence officielle
ou reconnue. L'organisation existe si chaque terme clef de la définition
peut être associé à quelque chose de constatable et
avoir un sens:
en vue interne (le plus simple) : objectifs, moyens, processus.
en vue externe (le moins neutre) : finalité, contexte.
Pour illustrer ce niveau, nous
pouvons prendre un cas où l'organisation semble avoir toutes les
caractéristiques requises d'une activité dynamique : le
projet en projet.
Notons tout d'abord qu'un projet est effectivement une organisation.
Le projet a une particularité : il a un périmètre
défini (résultat, échéance) au-delà
duquel il sera démantelé.
Les projets trouvent leur source dans une idée qui peut être
initialement assez vague. C'est normal. Quelqu'un va porter un regard
intelligent sur le sujet, enrôler des ressources disponibles, utiliser
des moyens, organiser un processus, imaginer des objectifs pertinents.
Un entrepreneur conduit donc une affaire qui roule, quel talent !
Un questionnement simple peut donner ceci.
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Pourquoi ce projet ? (recherche de la
finalité) |
L'idée initiale est de
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Depuis combien de temps travaille-t-on
sur cette idée ? |
x années. |
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Quels sont les objectifs du projet ? |
Je pense que
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Quels sont les moyens et ressources à
disposition ? |
J'utilise les moyens disponibles de
l'entreprise
|
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Des étapes de validation sont elles
prévues dans votre processus ? |
Bien sur, je vérifie
|
Lorsqu'une organisation ou un projet repose
sur la bonne volonté d'un individu, le modèle CMM considère
que cela correspond au plus bas niveau de maturité possible. En
d'autres termes, c'est la première condition d'un risque maximum.
Dans un tel cas, si l'existence de l'entrepreneur
du projet peut être avérée, le projet n'existe pas
pour autant. Nous sommes face au stéréotype même du
projet de projet qui s'installe dans la précarité. Cette
activité peut disparaître du jour au lendemain : nulle et
non avenue. La finalité est incertaine, elle n'est pas matérialisée
par une décision de lancement ou une lettre de mission : la justification
d'existence
n'existe pas. Les objectifs sont au stade de l'idée
et non à celui de l'engagement de l'entreprise. Les moyens sont
trop opportunistes pour qu'il y ait une garantie suffisante de fonctionnement.
Le processus est peut être intelligemment défini à
cela prêt qu'il ne se confronte pas à la finalité
par des validations externes. Le contexte ? Il peut se résumer
comme celui d'un risque maximal pour le projet. Pour n'en citer qu'un
: celui de la prise de conscience de la part de l'entrepreneur qu'il peut
exercer son talent dans de meilleures conditions de soutien ou de garantie
: ailleurs.
Les interrogations initiales sur l'opportunité
et sur le périmètre d'un projet ou d'une organisation sont
légitimes et même indispensables. Si cela dure, cela constitue
une condition d'échec probable.
Hélas, j'ai rencontré ce cas à
plusieurs reprises où de bons managers ont longuement construit
des projets
inexistants. Certains de ces cas supposaient des engagements
budgétaires de plusieurs centaines de MF chacun. Quelques uns s'en
sont sortis, rarement dans une ambiance très constructive. D'autres,
non seulement ont conduit à des abandons de projet mais aussi ils
ont eu des conséquences graves sur l'entreprise elle-même
: fuite des compétences clefs, perte de crédibilité
de l'entreprise dans son domaine,
Si l'organisation existe, nous pouvons dire
qu'elle est dans un état défini. Cet état d'existence
constatée par les pratiques n'est toutefois pas une garantie de
continuité.
Organisation opérationnelle
Un second niveau d'analyse consiste
à s'assurer que l'organisation a atteint un niveau de maturité
qui lui garantit un fonctionnement au quotidien.
L'organisation a, avec ses acteurs internes ou externes, des liens effectifs
et actifs. La communication est une condition nécessaire pour atteindre
cet état opérationnel. Une communication ponctuelle ou événementielle
ne suffit pas. Un glissement non contrôlé des caractéristiques
de l'organisation peut la faire disparaître dans une obsolescence
de fait voire dans une perception d'obsolescence. C'est pourquoi, il vaut
mieux s'assurer que les termes clefs sont définis de façon
suffisamment formelle et que le lien de communication reste vivant. L'analyste
devra vérifier les points suivants :
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Une documentation / communication
existe sur l'organisation. |
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Cette documentation / communication
est à jour (elle correspond à la réalité
actuelle de l'organisation). |
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Cette documentation / communication
a atteint ces cibles internes et externes. |
| |
Ces cibles ont compris les
informations reçues. |
| |
Les cibles tiennent compte
de ces éléments de façon récurrente dans
leur relation avec l'organisation. |
Une définition documentaire formelle
et stable établit un référentiel de l'organisation.
Elle représente le contrat de l'organisation avec les acteurs concernés.
Une communication récurrente maintient la dynamique d'action nécessaire
pour chaque lien avec les acteurs concernés.
Ces acteurs concernés sont ceux qui ont une influence directe sur
l'organisation. Ils sont internes ou externes.
| Commanditaire |
qui décide de l'existence
ou non de l'organisation en fonction de son utilité perçue. |
| Clients |
qui contractent l'organisation
s'ils reconnaissent sa valeur ajoutée en termes de produits
ou services.
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| Fournisseurs |
qui approvisionnent l'organisation
si elle constitue un client " solvable ".
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| Producteurs |
qui oeuvrent dans l'organisation
si elle constitue une structure d'accueil plausible.
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Le défaut d'un de ces liens, formel
ou récurent, ouvre sur des dérives difficiles à contrôler
qui mettent en péril l'organisation dans son ensemble.
Force est de constater que ce défaut
est fréquent.
L'aspect documentaire rebute beaucoup de monde et ce relatif consensus
anti-documentaire autorise bien des dérives. L'impression chronique
de lourdeur ou de manque de concision des pièces formelles vient
le plus souvent d'un mauvais ciblage des documents. Un travail de structuration
documentaire et d'optimisation du ciblage permet une meilleure concision
: dire ce qu'il y a à dire aux bonnes personnes. Mais le rejet
documentaire a aussi ses causes moins avouables : le rejet de l'engagement
ou de la responsabilité, la rétention d'information comme
outil d'ambition, la difficulté " inavouable " à
rédiger, etc. Par exemple, une lettre de mission qui matérialise
le contrat passé entre un commanditaire et une organisation peut
se réduire à quelques lignes dès lors que la nature
du lien commanditaire - organisation est respectée : décision,
nomination, orientation, validation et suivi. De même le contrat
passé entre l'organisation et ses producteurs n'a pas besoin de
détailler les règles et procédures de l'entreprise.
Il est certainement plus utile de préciser la base d'intérêt
mutuel qui lie un producteur et cette organisation. Les relations de type
clients - fournisseurs sont d'un formalisme plus naturellement admis à
travers la notion de contrat commercial.
Aujourd'hui, la communication orale a
plus le vent en poupe mais reste trop souvent exclusive à l'une
seulement des cibles principales. La cohabitation entre le faire savoir
et le savoir faire est parfois délicate. Une organisation
réellement opérationnelle uvre dans les deux sens.
L'analyse de l'organisation pourra dès
lors se baser sur ces notions simples.
Une organisation vit sur la base de ses
contrats avec son commanditaire, ses clients, ses fournisseurs et ses
producteurs.
Le lien entre l'organisation et les acteurs
demande un suivi récurrent pour converger sur l'intérêt
mutuel des contractants.
L'organisation est donc définie
et opérationnelle : elle fonctionne sur des bases claires avec
des pratiques définies. Le modèle CMM parle d'un état
reproductible.
Cette organisation opérationnelle est toutefois soumise à
des évènements perturbateurs qui viennent contrarier sa
définition idéale et ses bonnes pratiques. Si elle ne s'adapte
pas où si elle est en redéfinition permanente, elle a peu
de chance de survivre.
Organisation maîtrisée
Un troisième niveau d'analyse
consiste à s'assurer que l'organisation a une bonne réactivité
face aux perturbations. Cette analyse peut s'appuyer sur une définition
interne enrichie de l'organisation.
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C'est un processus piloté conduisant à
la satisfaction d'objectifs pertinents en s'appuyant sur des moyens
adaptés. |
Ces quelques qualificatifs
simples font la différence.
Le processus doit répondre correctement
aux fluctuations des moyens, des objectifs et de l'environnement externe
(finalité, contexte).
Si la définition formelle et statique d'un processus aide certainement
l'organisation, cette définition ne peut prendre en compte tous
les paramètres de perturbation. Pour n'en citer qu'un seul, disons
le facteur humain. Une vision déterministe des processus, si elle
est possible, mènerait à un processus usine à gaz
incompréhensible, non communicable et qui perd ainsi sa vocation
pragmatique.
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Le processus de l'organisation possède-t-il une fonction
d'adaptation opérante (pilotage) ?
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Les producteurs activent ils une fonction de décision de
l'organisation en cas de problème dans l'application du processus
?
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La pertinence des objectifs est la justification
fondamentale de l'existence de l'organisation. Cette pertinence apporte
du sens au processus et aux moyens. Une activité durable serait-elle
possible sans cela ? La pertinence des objectifs dépend principalement
de la zone d'interface entre l'organisation et son environnement externe
: finalité, contexte. Tel produit a un marché, tel service
est une condition requise du fonctionnement de l'entreprise, etc. La notion
de pertinence des objectifs possède aussi un caractère subjectif
qui doit être pris en compte. L'analyse de la perception de la pertinence
des objectifs doit couvrir les principaux acteurs de l'organisation et
de son environnement (commanditaire, clients, fournisseurs, producteurs).
L'analyste interrogera dès lors ces acteurs fondamentaux sur la
pertinence perçue des objectifs de l'organisation. Il recherchera
les réponses sur les deux dimensions : objective et subjective.
Les moyens doivent être adaptés.
Leur insuffisance réduit la capacité de production de l'organisation.
Et plus insidieux que cet effet quantitatif, cette insuffisance la décrédibilise
auprès des acteurs fondamentaux. La surabondance de moyens est,
peut être paradoxalement, une source d'inconfort de l'organisation.
Elle la décrédibilise aussi auprès des acteurs fondamentaux.
Le gâchis économique perçu par ces acteurs génère
des doutes sur le professionnalisme ou la pérennité de l'organisation.
Les risques sont nombreux : coupes budgétaires, méfiance
des clients et fournisseurs, désoeuvrement, peur ou fuite des producteurs
(ou ressources humaines), etc.
L'équilibre des moyens en regard des besoins réels est une
affaire doublement délicate.
D'une part, il est nécessaire d'identifier et de qualifier le sens
de ces " besoins réels ". Par exemple, les moyens et
services connexes à la production sont un besoin impératif
des organisations dites productrices. Une organisation qui serait gérée
au plus court sans prendre en compte les besoins de secrétariat,
de qualité voire même de management construirait sa perte.
D'autre part, le besoin en moyen fluctue dans le temps, ne serait-ce que
par le biais des variations de son carnet de commande (plus généralement
de son contexte).
L'analyste devra dès lors examiner les points suivants :
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Les moyens
nécessaires à l'organisation sont-ils :
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clairement
définis ?
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régulièrement
mesurés ? |
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L'organisation
contrôle-t-elle la communication sur les moyens vers les acteurs
fondamentaux (justifications budgétaires, capacités
de production, principes d'approvisionnement, gestion des ressources,
) ? |
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L'organisation
dispose-t-elle d'une fonction d'ajustement des moyens (qui décide
des affectations de moyens en regard du besoin instantané)
? |
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L'organisation
a-t-elle mis en place des dispositions (politique, processus, partenariat,
) pour gérer : |
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la carence de
moyen ? |
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la surabondance
de moyen (notamment la sous activité ponctuelle) ? |
Conclusion
Une organisation maîtrisée est
certainement le but ultime à viser
pour l'organisation.
Est-ce pour autant le but d'une mission d'analyse ?
L'appréciation de cet état " maîtrisé
" fait entrer en ligne de compte une combinatoire d'interrogations
dans une combinatoire de données tant internes qu'externes à
l'organisation, objectives que subjectives. Il serait peu constructif
de noyer le commanditaire de l'analyse dans un dispositif méthodologique
tentaculaire (qui n'en resterait pas moins réducteur) ?
L'approche méthodologique donnée
ci-dessus m'a très souvent permis d'effectuer un débroussaillage
initial et de me construire une vue d'ensemble des organisations. Mais
ce modèle ne m'a toutefois pas autorisé à faire l'économie
d'une intelligence (rappel : faculté d'adaptation) qui exigeait
de ma part une approche différente du questionnement et surtout
de la restitution des résultats. Pour certains, j'ai exploité
un modèle qui s'appuyait sur les acteurs : attentes de l'organisation
vis-à-vis des acteurs
et inversement. Pour d'autres, j'ai
exploité des modèles plus orientés processus : des
boites de traitement qui ont des entrées, des sorties
et
des contraintes.
Car aucun modèle conceptuel ne peut se substituer à la réalité
d'une organisation, fut-elle une réalité de vocabulaire.
Le but consensuel reste pragmatique : que ça marche mieux.
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