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Le
coin du manager coach
Le
management a ses fondamentaux ; le manager aussi.
L'urgence des
priorités
Xavier
COQUELLE - 10/2003
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Avez-vous
vraiment le temps de lire çà ?
Avez-vous
sérieusement le temps de lire des textes comme celui-ci ?
Un manager
affairé au top de son art comme vous ne devrait-il pas
être
plus sérieux et pragmatique ? Pensez à tous ces
rendez-vous, ces jalons, ces déjeuners d’affaires, ces
réunions de suivi, ces comités de direction, ces coups
de fils à donner, et ces contraintes administratives ou
logistiques qu’il faut bien se farcir pour que la boutique tourne.
Rappelez vous :
Les faits
sont les faits.
Le temps c’est de l’argent.
Si vous n’aviez
pas compris cela, vous ne seriez pas dans cette position clef de la
boutique. Car les faits demandent une réactivité
urgente. Sans çà, c’est la dérive vers
l’immobilisme, l’opportunité ratée, le dîner
sans sel, la nage à contre-courant.
Une action sans
business, c’est du temps volé au chiffre d’affaire. Et
100% des managers vous le diront : le chiffre d’affaire est un
fait existentiel de l’entreprise. Urgent, urgent et surtout
urgent !
Il reste
une interrogation.
Si réellement
vous êtes un manager conscient de ces aspects fondamentaux,
qu’est-ce que vous pouvez bien faire avec ce papier dans les mains
qui ne répond pas à vos urgences concrètes, ni
même à la problématique centrale de votre chiffre
d’affaires. Non, ne lisez pas plus loin, ce papier n’est pas un
chèque, vous ne gagnerez rien à le lire jusqu’au
bout. Il n’y a là qu’une espèce de philosophie bien
accessoire, des jeux de mots ou d’idées, du remplissage
stérile.
Vous
aimez mon camion ?
Je vous le dis,
si vous êtes toujours là vous n’avez pas l’âme
d’une voiture de course et ça tombe bien !
J’ai plus envie
de partager avec vous l’idée qu’un bon manager doit avoir
l’âme d’un 15 Tonnes. Apologie de la lenteur ? Non. Le
manager doit être au service d’un succès rapide. De
préférence plus « succès »
que « rapide ». Vous êtes-vous posé
la question de savoir par quel miracle vous aurez ce soir du poisson
frais dans votre assiette ? Le 15 Tonnes ! Ce soir !
Tout cours de
management devrait intégrer un texte fondamental :
« Le
lièvre et la tortue. » (Encore
merci, Jean). Un 15 tonnes ça a du couple et
une
forte capacité d’embarquement (sans
compter que cela arrive aussi à atteindre les limitations de
vitesse). Cela ressemble assez à une
définition
du manager non ? Il est imposant le 15 Tonnes, tellement
important ! Même vu de l’assiette de poisson frais.
L’importance.
La voiture de
sport à une image importante. Certains managers mesurent LEUR
importance à la quantité d’urgences qu’ils
traitent. Etes-vous l’un de ceux-là ?
Non ! Me
direz-vous ... par un bon réflexe intuitif et vous penserez
« quoique ». Vous avez raison.
Images ou réalité
productive ?
Hélas, ce
stéréotype est bien ancré dans notre
culture :
plus l’image est voyante plus on est important. Mais franchement,
tout le monde s’en fout de votre importance individuelle, et les
premiers qui s’en foutent sont ceux qui marchent dans ce modèle
car ils se sentiraient plus importants si vous l’étiez
moins. Laissons les images et les bons points à une autre
pédagogie.
Réalité
productive : le système, les produits et services, les
valeurs qu’ils servent. C’est là que l’importance se
mesure. Partons de cette hypothèse que ces valeurs soient
contributives aux vôtres. Si vous n’intégrez pas
l’hypothèse, allez faire un tour dans le coin du coach. Une
action est importante lorsqu’elle sert ces valeurs et ses
systèmes
dérivés : vos réalisations.
Les clients sont
importants, UN client n’est qu’urgent. La satisfaction d’un
client est importante, lui répondre en temps prévu
n’est qu’urgent. (Nota :
je n’ai pas dit temps utile !) Le produit
utilisable est important, la fourniture n’est qu’urgente. Etc.
Oui,
mais !
Mais l’urgence
peut faire partie intégrante des valeurs ! C’est
incontestable … pour les pompiers, les services d’urgence des
hôpitaux, la gestion des catastrophes naturelles, etc.
Etes-vous dans ce type de cas ? Ou bien êtes-vous une
catastrophe naturelle pour me sortir çà ? Quelles
sont vos valeurs … d’entreprise ? (Coin du manager coach)
Notons que dans les métiers où l’urgence est la
valeur d’importance, la qualité recherchée est avant
tout qualitative : la capacité à traiter l’urgence
quand elle est là. Un pompier, même dans sa chaise
longue, bénéficie de ma plus profonde admiration.
Priorités :
un vrai conflit
La priorité
est une résultante du mélange de l’urgence et de
l’importance. Désolé, à l’instar des choux
et des carottes, toute vue additive est illusoire. Le manager fait sa
cuisine dans un conflit permanent entre ses urgences et ses
importances. S’il ne répond pas aux urgences, c’est un
philosophe stérile. S’il ne répond pas aux
importances, il court droit au mur ou au mieux, il concurrence
dangereusement les moulins et les girouettes. Ce me semble être
le cas le plus fréquent. L’état actuel de
l’économie
en est le meilleur témoin. Non, le manager n’a pas
d’alternative que de vivre profondément et intensément
l’accouchement de ses priorités.
Les armes
du conflit
La péridurale
existe quand même sous différentes formes. Des très
techniques délégation et renoncement, aux outils plus
trapus comme le sens de la qualité et le sourire, jusqu’au
Graal de la sagesse. Un joli programme ? Non, le chemin sans fin
d’une conscience pragmatique (pléonasme ?) à
jamais en évolution.
La délégation
c’est savoir admettre que le moins bon résultat d’un autre
est meilleur que sa propre absence de résultat.
Le renoncement
c’est accepter qu’une belle action ne se fasse pas.
Le sens de la
qualité c’est le sens de la valeur finale, la capacité
à voir la rentabilité réelle d’une action en
termes de résultats, le sens de l’économie, de
l’écologie (Que les rois des processus qui se prétendent
qualiticiens fassent un tour sur des modèles de type EFQM pour
se soigner).
Le sourire c’est
le pouvoir de la relativisation de l’action.
Mention spéciale
pour la sagesse. Accrochez vous mes frères !
« La
sagesse est la connaissance en action » dit un de mes
profs. Définition pleine de pertinence. J’y ajouterai, car
mon expérience de l’impertinence est grande, un
complément.
La sagesse est aussi la conscience que nos vastes connaissances ne
sont qu’un petit processus éphémère qui, mis
au service de notre illusoire agitation, crée un bilan tout
à
fait équilibré de succès et d’échecs.
Je vous avais
pourtant bien dit de vous accrocher. Allez, on se fait une petite
pose !
Une
histoire de tournevis
Le tournevis est
une invention géniale. Qui oserait contester
çà ?
Soyons clairs,
nous parlons ici d’un tournevis dans toute sa splendeur,
c’est-à-dire en face d’une vis. Là c’est vraiment
génial, non ?
Soyons honnêtes,
c’est génial quand cette vis somptueusement vissée
avec ce fabuleux tournevis participe d’une œuvre utile. Sinon, il
faut reconnaître qu’on a l’air un peu con avec notre
génial
tournevis. Qui n’a pas vécu ce moment intense où nous
approchons l’extase en présentant à sa tendre
épouse,
le tournevis encore chaud à la main, un bricolage savant,
utile, incontestable : « Tu ne vas quand même
mettre CA dans le salon ! »
C’est le moment
pur de l’insight. Le moment où notre connaissance en action
se trouve soudain relativisé.
Quelle émotion
que cette prise de conscience au-delà de la connaissance,
au-delà de l’action. On se met tout d’un coup à
comprendre Gandhi, la grande âme qui a prouvé que la non
action peut être une action plus puissante que l’action des
puissants. Restons Zen !
Et pour le
bricolage, soyez sympas : ne dites rien ! La prochaine fois
c’est promis : on fera autrement tout catapulté qu’on
est sur ce chemin de la sagesse.
Euh … et
concrètement ?
Ben, il y a le
chiffre d’affaire ! C’est une priorité non !
L’action qui génère du chiffre d’affaire, ou mieux
du bénéfice, doit toujours être prioritaire.
Clair, pas de doute là-dessus … enfin pour la priorité
parce que la notion de bénéfice elle … reste assez
ambiguë. Un chiffre d’affaire a un sens pour un manager
lorsqu’il s’inscrit dans une vision économique globale, au
moins pluriannuel. Il sert la pérennité de sa boutique,
il témoigne de son existence réelle. Les priorités
doivent être calées sur cette notion existentielle de
l’entreprise. Si une action la fait exister, elle est bonne, si
elle la fait mourir (même dans quelques années), elle
est non seulement pas prioritaire mais mauvaise. Pour le
bénéfice,
là encore une vision globale est nécessaire, mais plus
subtile encore. Le bénéfice ne se chiffre pas plus que
la qualité. Le bénéfice est la racine de
l’investissement qui est une question réelle de survie dans
un monde en évolution que nous le voulions ou non. Le chiffre
d’affaire de fonctionnement n’est que la prémisse de la
mort. La notion de point mort porte vraiment bien son nom. Mais le
bénéfice de survie est loin de se limiter à un
chiffre de bilan. Il contient ce qui améliore qualitativement
une entreprise.
L’accroissement
des compétences est un bénéfice, la qualité
des produits et services est un bénéfice, le bien
être
des producteurs est un bénéfice, les adaptations au
contexte toujours fluctuant, le changement et sa conduite sont des
bénéfices … de survie.
Toute action
relative à cette vision du bénéfice mérite
la meilleure priorité.
Le manager ne se
limite pas à un acteur financier au service d’un bilan
comptable. C’est l’acteur d’un système socio-économique
qu’il a pour mission première de faire durer et comme
mission secondaire d’enrichir … au sens large.
Manager =
stratégique
Comprendre cela,
c’est saisir un peu la mécanique d’élaboration des
priorités. Stratégique ? Oui !
Réservé
aux managers PDG ? Non !
L’entreprise
vit par ses projets, produits et services. Le
« petit »
chef de « petit » projet est un manager plein.
S’il a cette vision stratégique des priorités il
bâtit le succès de l’entreprise, sinon, il la tue. Le
grand stratège dans sa tour d’ivoire n’est qu’un
imposteur. Le PDG qui doit exprimer l’idée stratégique
n’est qu’un penseur de plus si l’action de toute la chaîne
de management n’est pas une expression concrète de LA
stratégie.
Alors finalement,
l’élaboration des priorités ne pourrait elle pas se
résumer comme étant « la connaissance en
action » ?
(Ouf,
je ne serai peut être pas viré du cours par mon
prof !)
Le
secret :
L’urgence des priorités.
Priorité :
Urgence agitation cash, Importance philosoporifique
socioéconomique ?
La réelle
urgence du manager est de définir ses priorités qui
sont la priorité de ses priorités. CQFD.