Pauvre de nous !
Désespérément
cartésiens, calés sur des logiques binaires que nous
qualifierions volontiers de scientifiques voire même de
mathématiques, nous construisons rationnellement nos demi
mesures de succès pour ne pas dire nos échecs.
Sommes-nous de formation scientifique ou bien déformés
par un radicalisme peu opérant dans un monde qui tient plus
d’une réalité que de nos modèles, petits ou
grands ?
La réalité est ce
qu’elle
est. Elle contient ce qu’elle contient, notamment de l’inconnu
dont nous aurons de
façon durable quelque mal à
évaluer les proportions.
Aurions nous oublié
quelques découvertes scientifiques perturbantes :
principe d’entropie, collapse du psy, relativité ?
Aux dernières nouvelles, la
terre ne serait pas plate ni même le centre de l’univers !
L’accumulation de connaissance
nous
a-t-elle déroutée de l’esprit scientifique qui ne
saurait se concevoir sans une dose d’épistémologie ?
Encore un
cri d’alarme philosophique ?
Bien sur.
Ne serait-ce pas un peu …
emmerdant ?
C’est encore plus sur.
Une alternative à ce
fatras :
la religieuse ingénierie. Méthodologie
éprouvée,
standard incontournable, norme de fait … c’est fou ce que
l’ingénierie est bien balisée.
Quand je vois tout cet existant
méthodologique, je me dirai bien que la fonction d’un
ingénieur pourrait se résumer à suivre pas
à
pas ces magnifiques manuels.
Je rêve dès lors
à
la civilisation des loisirs où finalement un bon automate
saurait aussi bien lire et transmettre les ordres à des robots
aussi productifs que disciplinés. Aussi bien que nous ?
Bien sur que non ! Il le ferait beaucoup mieux que nous (désolé
si je vous SAP le moral !)
dès lors qu’il est bien
entretenu, automatiquement bien sur.
L’ingénierie,
c’est comme la
religion :
Une histoire de foi et une
pincée
de textes sacrés. L’ingénieur est le fidèle,
l’exécuteur. Si vous me dites que vous ne connaissez pas au
moins un grand chef de l’industrie ou des services (J’y inclus
bien sur les Directeurs des Systèmes d’Information qui font
partie intégrante de tout bon exécutif.) qui pense
comme çà : je ne vous croirai pas.
Manuels
méthodologiques Textes sacrés
Les saints s’appellent ISO, AFNOR,
etc. voire la presse spécialisée (source plus
satanique quand même).
N’oublions pas les sociétés
de services ou de conseils qui affichent l’avantage compétitif
d’une méthodologie initiatique unique au bénéfice
privilégié et confidentiel de leur client. Sinon il y a
le domaine public, l’eucuménique Internet, le gratuit ou
presque, mais c’est moins gratifiant.
Le plus souvent en moins gratuit,
il y
a les outils du commerce. Concrets et pragmatiques, ils
matérialisent
enfin les textes sacrés de l’ingénierie et deviennent
des solutions (Soyez
branchés : Groupwarez vos
ressources, SAPper votre entreprise, …). Les textes sacrés
de l’ingénierie (et
leurs avatars donc) sont
incontestables … par définition.
La foi.
C’est sur, l’ingénierie
ainsi balisée de manuels méthodologiques et d’outils
demande d’avoir la foi, de préférence aveugle.
Attention, il ne s’agit pas d’avoir n’importe quelle foi !
La foi en ingénierie doit être relative aux textes
sacrés. Tout positionnement relatif à une
intériorité
individuelle est suspect et contre productif. Les états
d’âme,
vous connaissez ? Ces mouvements de l’âme individuelle
qui navigue sur un état intérieur perturbé. Une
sorte de foi à l’envers, un élan quasi mystique mais
sans objet : « où suis-je, où
courres-je, dans quel état j’hère ? ».
Pour la gestion des ressources humaines, c’est à s’arracher
les cheveux. Tout ces collaborateurs qui s’égarent dans des
doutes qu’ils ne savent pas même bien exprimer … des doutes
métaphysiques donc (CQFD) : beurk !
L’hérétique
Indiscipliné ou pire :
créatif ; l’hérétique en ingénierie
croit pouvoir se passer des textes sacrés.
Toujours indiscipliné ou
pire :
le réaliste est un hérétique qui, sous
prétexte
de pragmatisme, ignore la portée élévatrice des
textes. Encore indiscipliné ou pire : l’autonome exerce
ses pratiques sataniques suivant des modes non
répertoriés
dans les textes.
La sainte
inquisition
Heureusement, les troupes
bénies
des directions qualité enquêtent, et les prélats
des hiérarchies allument les feux salvateurs qui grillent les
hérétiques pour faire bonne mesure.
N’exagérons rien, on ne
brûle
plus aujourd’hui que des portions de feuille de salaire ou des
contrats de travail. Malgré tout, les irréductibles
gaulois de l’ingénierie résistent aux
autorités :
ma pauvre Dame, le petit personnel n’est plus ce qu’il
était !
Comment luter contre ce fléau ? Accentuer l’approche
répressive : c’est à la mode, ça ne
coûte
pas cher et ça peut même rapporter.
(Au passage, je remercie le
Ministère de la Répression Routière qui est pour
moi une source d’inspiration d’une richesse inouïe.).
Quelques
conseils (gratuits) :
- L’hérétique c’est l’autre, pas vous qui
n’avez fait qu’une légère erreur et personne ne doute de
la profondeur de votre repentir. L’autre, l’hérétique est
vraiment un méchant, inconscient des conséquences de ses
actes.
- La répression est un mal nécessaire. Il faut
être réaliste et arrêter la spirale du laxisme.
- L’efficacité de la prise de conscience ne peut
être atteinte que si elle coûte (L’ingénierie
peut bien emprunter à la psychanalyse ce principe sacré).
Rappel : Comme la vocation des
entreprises est de rémunérer ses actionnaires, la
boucle est ainsi bouclée. On renoue avec la rentabilité
des entreprises en punissant ses méchants (les gueux),
certains patrons l’ont déjà bien compris depuis des
années.
Une
alternative à l’intégrisme ?
Les textes sacrés de
l’ingénierie sont comme ceux des religions en plus
exotériques (Quoique !
Ne devrai-je pas faire un
sondage avant d’affirmer ça ?). Ils sont inspirés
d’écrits eux-mêmes compris et interprétés
personnellement par des observateurs de faits ou de paroles
d’auteurs. A ce niveau d’indirection, nous devrions admettre la
perfection des auteurs ou faits initiaux. Ca, c’est de la foi !
Les textes sacrés sont donc
des
traductions incertaines faites par des auteurs qui peuvent
difficilement être certifiés puisque avant le texte
sacré il ne peut exister de référentiel de
certification (La poule et
l’œuf quoi !). Ces
auteurs
ont fait un acte fort de transcription, ils y ont mis tout leur
talent de concepteur pour créer un modèle :
schéma
et symbole d’une réalité supérieure. Dont
acte !
Un pouvoir
conceptuel à disposition
Ces textes représentent un
pouvoir conceptuel mis à notre disposition. Profitons en !
Mais doit-on considérer que
le
modèle est la vérité jusqu’à l’échec
qui démontre le contraire ? C’est comme vous le sentez.
J’aurai tendance à dire non mais c’est juste parce que je
n’aime pas trop les échecs. Un modèle, aussi puissant
puisse-t-il être, n’impose pas de faire l’économie
de l’intelligence.
- Le modèle est-il adapté à mon cas /
situation ?
- Le modèle est-il accepté par ceux qui
devront l’utiliser ?
- Les réticences au modèle sont elles
fondées ?
- Les difficultés d’application du modèle
ont-elles été analysées (que cachent elles) ?
Le modèle qui consiste à
dire qu’on n’a pas le temps de se poser des questions sur les
modèles est aussi applicable bien sur (mais c’est juste
pour ceux qui n’ont pas le temps d’éviter les échecs).
Les
modèles éprouvés et le
type d’en face …
Par ailleurs (car la vérité
est ailleurs, c’est bien connu),
est-il nécessaire de
partir du prédicat que les pouvoirs conceptuels de
l’entreprise ne sauraient enrichir le modèle ou plus
prosaïquement l’adapter au contexte réel et actuel ?
Certes non ! Quittes à
avoir la foi, autant l’utiliser au profit du type du bureau d’en
face non ? Oui, oui, je parle bien de ce collègue qui
vous sort des choses comme « on fait point pousser les
poireaux plus vite en les tirant par la queue » ou
d’autre concepts négatifs et perturbants de ce type. Lui un
concepteur de modèle ? Pourquoi pas !
Ecrits et
sentiments
Le pouvoir conceptuel n’est pas
nécessairement lié à un pouvoir
rédactionnel
et à un talent diplomatique (Diplomatie ? Ben oui,
vous savez bien : c’est l’étape de communication qui
précède la guerre totale). Vous pouvez toujours
prendre un consultant expérimenté pour traduire.
Allez ! Je vous le fait gratuitement cette fois sur l’exemple
des poireaux ci-dessus : « La planification
opérationnelle, comme la gestion du temps, demande la prise en
compte d’invariants intrinsèques au domaine technique qui
imposent une intégration délicate de facteurs
incompressibles ».
L’idée est la même,
elle ne s’écrit pas pareil.
Contrairement
à la vérité,
l’intelligence est là !
Si je me plais à dire que
la
vérité est ailleurs, je suis assez convaincu que
l’intelligence est là, à portée de main, dans
les ressources de l’entreprise voire à proximité
immédiate pour les plus démunis …
- de temps (pour exercer l’intelligence partout)
- de profils créatifs ou critiques (pour ceux qui
n’ont gardé que les battants, les profils moteurs et les
suiveurs – oui, là ! Juste devant le mur !).
Managers !
Cueillez dès aujourd’hui …
Managers, mes frères,
n’abusez
pas de votre temps précieux, piquez des modèles partout
et n’en soyez pas dupes.
Cueillez dès aujourd’hui
l’intelligence présente : la votre éventuellement
mais surtout celle de vos collaborateurs
… pour que le fil à couper
le
beurre initial devienne l’outil compétitif qui tranche VOTRE
margarine.
Les oiseaux sont
plus lourds que l’air
…
mais ils volent.