Ce n'est pas de ma
faute !
Cette petite phrase est d'une
fréquence
et d'une ténacité invraisemblable. Elle est parfois
vocalisée, surtout chez l'enfant, puis chez l'adulte,
elle a une tendance à rester à l'intérieur comme
quelque chose qui porterait un interdit. Effectivement, un peu plus
profondément en nous, nous savons que cette phrase est une
imposture. Nous sentons contre toute logique raisonnable qu'elle dit
tout le contraire. Elle se rattache à un mea culpa racine que
nous avons bien du mal à comprendre.
Si nous le voulons, nous pouvons
faire
cette petite expérience personnelle d'arrêter le flot de
nos justifications intellectuelles qui démontrent si
radicalement que "ce n'est pas de ma faute". Nous pouvons
aller un peu plus profond dans notre conscience, là où
se tient paisiblement notre capacité d'auto-observation qui
est tout simplement réaliste et authentique. La petite phrase
ne tient plus, elle n'a plus de sens. Et même, si dans cette
région paisible de nous même nous nous disons "c'est
ma faute" nous découvrons que cela sonne plus vrai. Et si
nous restons encore un instant bien concentrés ici, bien
calés
sur notre coeur authentique, nous pouvons percevoir derrière
ce "c'est ma faute" un large sourire intérieur.
Rester concentrés !
Résonner
sur ce point et l'expérience sera gratifiante. Raisonner et ce
sera ... une connerie de plus. Faites le ! Ou ne le faites pas.
Quelle est donc cette
contradiction pas
coupable – coupable ?
Une clef de l'évolution
personnelle est de s'ouvrir à nos contradictions
"inacceptables". Elles deviendront des paradoxes
tolérables, s'inscriront dans une logique de niveau
supérieur
ou résideront dans le champ des mystères. Pourquoi
s'offenserions-nous des mystères ? Par quel orgueil ? Ce n'est
pas raisonnable ? Tant pis ... tant mieux.
La voie de la
culpabilité est
une douleur sans fin.
C'est la voie par laquelle nous
buvons goutte
après goutte ce poison psychologique par excellence. Tout ceux
qui travaillent sur ce champ du psychologique le savent bien, rien ne
peut se faire dans la culpabilité. Elle gèle toute vie,
tout mouvement, tout développement de la personne. Et aussi
tous les "mon pauvre chéri" n'y changent pas grand
chose tant la culpabilité ronge de l'intérieur avec une
redoutable efficacité. Alors quoi ?
Tout d'abord nous ne sommes
coupables
que par une loi qui n'est pas nôtre. Une loi certainement fort
raisonnable qui dit clairement qu'il y a faute. Devrions nous
abandonner ces lois externes ?
Construire
nos règles
personnelles inspirées par les lois des autres
Pas vraiment. Nous avons besoin
d'une
structure psychologique qui nous régule et qui cadre nos
actions sans quoi nous devenons aussi stérile et figé
que le meilleur coupable. Se structurer c'est adopter des règles
personnelles par notre expérience personnelle, incluant notre
expérience mentale et l'incommensurable somme des influences
que nous rencontrons. La loi sera une influence qui deviendra une
règle personnelle. Et notre expérience personnelle
donnera lieu à des faux pas. S'en rendre compte est une bonne
nouvelle, l'occulter ou culpabiliser est une mauvaise trajectoire.
Bannir
la faute de
notre vocabulaire et grandir de nos erreurs
Là,
nous pouvons trouver une logique de niveau supérieur qui nous
mène à passer de la contradiction : la faute c'est bien
! au paradoxe : les erreurs me font progresser. Alors nous pouvons
substituer au terrible sentiment de culpabilité, celui, plus
gratifiant, de grandir, de progresser.
Ce
serait alors bien de faire des erreurs ? Bien sûr que non. Ce
qui est bien c'est de sortir des erreurs.
Passer
de la
culpabilité passive à la responsabilité active.
Lorsque
nous faisons une erreur, nous avons un premier choix à faire :
en prendre conscience ou l'occulter. Savoir ne suffit pas. Les
« ah
oui, il ne faut pas que je ... » ne révèlent
qu'une passivité qui aurait la même absence de
résultat
que l'occultation. Savoir seulement conduira à la
culpabilité.
La culpabilité jouera alors son rôle de vecteur
d'inertie. La « prise de connaissance », la
modélisation intellectuelle est une bonne cartographie. La
carte n'est pas le territoire. La prise de conscience est d'un autre
ordre. C'est une expérience plus intégrale,
complètement personnelle. Elle correspond à un
réel
élan interne, une énergie perceptible par nous même
et par ceux qui sont exercés à la capter (les
hyper-sensibles notamment).
Puis
vient le second choix qui est de passer à l'acte ou non. Si
non, le souvenir de notre erreur restera comme un ancrage assez
complaisant qui va facilement se nourrir de la culpabilité :
« je suis une mauvaise personne par ma faute ».
Ou bien oui, nous passons à l'acte, nous décidons
d'être « une bonne personne » qui
regardera en face ses erreurs et y trouvera une opportunité de
tourner la page et de saisir l'impulsion pour aller là où
il fait plus beau, là où nous sommes plus beau, dans
une responsabilité active. Un nouveau mea culpa qui ne
relève
pas de la flagellation mais de la stimulation constructive. Allez, je
vous laisse, j'ai encore plein d'erreurs à faire aujourd'hui.