La
personnalité est définie comme l'organisation
structurée et dynamique des modes
d'« être »,
de penser et d'agir d'une personne.
Elle
correspond à nos modes de fonctionnement.
Ne
nous y trompons pas, la personnalité définit « comment
je suis » plus que « qui
je
suis ».
Imaginez
un peu qu'un jour peut être vous vous seriez mis en colère
(en tout cas, moi j'y arrive bien). Pourrions nous dire que
vous êtes la colère ou même qu'elle permet de vous
définir ? Vous
n'êtes pas colère, alors qui êtes vous ?
Au
delà d'un premier niveau de réponse très
conventionnel et très normalisé - neutralisé qui
pourrait s'exprimer par notre curriculum vitae, le « qui
je suis » fait peur. La
question, au delà de cette superficie, nous inscrit dans une
différence radicale où je suis certainement unique et
implacablement seul. L'idée est difficile à supporter.
La question « qui suis-je ? » plonge dans un
vertige existentiel.
Le
tout cartésien « je pense donc je suis »
ne peut occulter que je suis plus que ma seule pensée. Pire
encore, puisque je suis autre que ma seule pensée, celle ci ne
peut pas savoir la totalité de ce que je suis. Comment
pourrai-je savoir intellectuellement ce qui dépasse le champ
de l'intellect ?
Sans
réponse raisonnable plausible, il nous reste un chemin
personnel. C'est le « connais toi toi
même »
qu'aucun modèle et même qu'aucune vérité
intellectuels ne saurait embrasser.
Et
pourtant, ce qui je suis unique, cette identité profonde est
la source réelle de
l'énergie psychique
individuelle. C'est la
source de notre puissance personnelle, c'est ce feu que nous sentons
parfois sans bien comprendre (et pour cause !) et sans l'avouer bien
sûr car c'est une sensation, une expérience purement
personnelle par trop indescriptible donc hors norme (intellectuelle).
L'approche
de la personnalité évite prudemment cette dimension.
Plus
comportementaliste, elle s'appuie le plus souvent sur des
catégorisations rassurantes et des postulats simplificateurs.
Dans une situation donnée, comment ai-je l'habitude de
réagir
?
Par
exemple, le postulat du MBTI est qu'une personne ne peut exprimer
simultanément des polarités opposées
(introversion ou extraversion, sensation ou intuition, pensée
logique ou sentiment, jugement ou perception). C'est
simplificateur et pratique. Cela peut être réducteur et
même incapacitant si cela nous interdit de voir la
réalité
parfois paradoxale que nous vivons tous.
Les
fondateurs sérieux des principales typologies de la
personnalité ont tous, à ma connaissance, signalés
comme essentiels la nécessité de relativiser leur
typologie et de ne l'employer qu'avec un profond respect des autres
dimensions d'une identité toujours plus vaste et jamais
modélisable.
Imaginez
un peu qu'un jour peut être vous vous seriez senti
vulnérable.
Du point de vue de la typologie DSM IV, cela relève de la
catégorie : paranoïaque !
Les
hypersensibes sont mal barrés, voire bien barrés selon
le point de vue où l'on se place. Calmons nous !
Vous
n'êtes pas paranoïaque, pas plus que la
vulnérabilité
ne peut vous définir spécifiquement.
Le
travail sur sa propre personnalité a une valeur pragmatique
importante.
En
premier lieu, il permet de réaliser que nous avons tous des
modes de fonctionnement spontanés, que ces modes sont
partagés
par beaucoup de personnes, et qu'il y en a d'autres différents
qui favorisent d'autres façons de percevoir, de voir, de
réagir, d'agir.
Ensuite
mieux comprendre ce « comment je suis » ouvre
sur la capacité de faire des ajustements utiles sur nous
même
et sur notre communication avec les autres.
Un
bon travail sur la personnalité est celui qui la fait
évoluer,
qui la change. Il aide à corriger nos dérives
comportementales, à mieux comprendre et accepter celles des
autres.
Le
travail sur la personnalité aide à mieux faire.
Mieux être est d'un autre ordre.
Ne seriez-vous que ce
que vous faites ?
Nos
comportements démystifiés et enfin rendus
évolutifs,
nous pourrons alors réduire notre peur d'affronter le
« ce
que je suis ». Nous pourrons mieux voir alors la perle de
l'identité sous la poussière de la personnalité.
Nous pourrions être moins affectés par le faire et mieux
repli par l'être. Mieux aimer, mieux s'aimer.
Du
point de vue du praticien, il nous est possible de faire venir des
personnes et d'animer des séances de travail sur la
personnalité, c'est louable et bien utile.
Nous
pouvons peut être faire plus et mieux, faire autre. Aller vers
la personne, la rencontrer là où elle est plus que le
résultat de ses fonctionnements. Etre là où nous
sommes vraiment avant même d'être praticien. Percevoir
avec respect et amour la personne et la beauté qu'elle ne peut
manquer d'être.