Coaching et hypersensibilité

© Xavier Coquelle - Françoise Mondet-Kauffmann
article paru dans Spasmagazine N°13 Janvier / février 2006


Coaching et hypersensibilité - Quel est le lien ?
Deux coachs personnels et professionnels se sont penchés sur la question. Ils ont expérimenté ce lien qui révèle que l'hypersensibilité pourrait fort bien être une ombre qui cache un talent d'exception. Une vision de coach qu'ils développent par des pratiques de meilleure maîtrise et de développement personnels.


L’hypersensible affronte un monde, un environnement qu'il perçoit comme agressif et dangereux. Il cherche à s'en protéger, à éviter la submersion qu'il ressent, à réduire les effets de sa sur-réactivité. L’hypersensibilité se présente d'abord comme un handicap, une anormalité, un problème dans la vie sociale, une incapacité de faire. Méfiant de ses réactions parfois excessives, en doute sur ses capacités et son adaptabilité, l'hypersensible a peur de changer et d'ajouter ainsi la confusion à son sentiment d'insécurité. Il cherchera la paix dans l'oubli, l'occultation, l'anesthésie. Il voudra oublier sa réalité vécue et la remplacer par une vision du monde plus conventionnelle où il se sentira moins exclu. Il se perçoit comme « un gnome handicapé, décalé et incongru ». Sur-réactif, différent, incompris, dérangeant. L’hypersensible tronque son identité, retire le gnome de la vision de l’autre et de sa propre vision. Il se focalise sur sa survie, il agit dans l’obsession de sa protection, il refuse d'être ce qu'il est qui semble si inapproprié.

UNE AUTRE PERCEPTION DU RÉEL.

Et si tout ceci résultait d'un simple décalage d'angle de vue du réel ? La réalité est ce qu’elle est. Celle dont l'autre me parle ne sera jamais plus pour moi qu'un discours sur la réalité. La réalité-vérité conventionnelle est une « vue de l'esprit ». Bonne ou non, cette réalité-vérité n'est pas mon expérience de vie, mon contact direct avec le réel. Et si je regardais ma réalité, la seule qui me soit donnée de vivre, sans ce filtre bien ou mal pensant, sans ce prédicat ou jugement d'anormalité, sans cette peur d'une exclusion (exclusion de quoi ?). Ce que je vis, ce que je sens fait partie de ma réalité : point final. Ma réalité est phénoménologique, comme l'est celle du grain de sable, de l'étoile, de la larve, de la vache, du singe et même de l'énarque.

INTENSITÉ DE RÉCEPTION

En tant qu'hypersensible ou spasmophile, ma réalité, c'est d'abord une perception d'une intensité ... extraordinaire. Je suis un récepteur performant, très performant ! Devrais-je renoncer, résister, ou même me plaindre de mes capacités de réception ? Non. Ce serait certainement reposant un temps de « ne pas capter », mais décidément, non, je suis un récepteur, c'est plutôt mieux comme ça. Peut être m'est-il nécessaire d'apprendre à mieux canaliser la réception. Plutôt que de sur-réagir à la profusion de signaux qui arrivent à me faire imploser, je pourrais peut être me poser la question : quel est le signal utile ? Qu'est-ce que je garde, qu'est-ce que je filtre ? Et travailler là-dessus. Plutôt que de sur-réagir à ce magma qui tend à me faire exploser, je pourrais mieux canaliser l'émission, avoir un comportement plus expansif, plus rayonnant. Dans la catégorie émetteurs – récepteurs, nous avions la télé, la radio, les antennes, les observatoires, etc. Ajoutons dans ce monde bien concret et réel ces autres dispositifs que sont les hypersensibles. Admettons-nous ce droit d'exister au moins autant que des postes de radio. Cette profusion de signaux que je capte est comme une profusion des possibles. Plutôt que d'occulter, il me reste à choisir, prendre ou ne pas prendre, développer ou ne pas développer, faire ou ne pas faire, apprendre ou ne pas apprendre.

FONCTION TUNER

Dans mes relations, cette profusion de signaux que je capte me donne une aptitude particulière à ressentir ce que l'autre ressent, à mieux comprendre la façon dont il comprend, à mieux communiquer avec chacun, à mieux le rencontrer là où il est vraiment. Emetteur – récepteur, je peux développer consciemment la fonction « tuner ». Un tuner n'agit pas sur le contenu, il ne comprends pas mieux que les autres, il exerce sa fonction de synchronisation, cherche à faire émerger du bruit un signal intelligible. Approchez de votre poste de radio, tourner les boutons, vous verrez, le tuner peut se tromper mais ce serait se tromper vraiment que de s'en passer ! La différence entre un homme et une radio est peut être que cette dernière se contente de traiter des signaux hertziens. La radio ne capte pas les odeurs, les goûts, les mouvements. Nous captons tout ça et bien d'autres choses encore que l'on sait parfois nommer, comme l'émotion, ou des choses dont on ne sait rien.

LE CHOIX DES MONDES

De cette grande richesse de perception, de cette aptitude étrange à « éponger », puis à se connecter aux ressentis des autres, nous avons un accès direct à plusieurs réalités. S'il n'y a en qu'une qui ne me soit accessible directement (la mienne), en tant qu'hypersensible je capte plus et ressens plus dans mes tripes des choses qui appartiennent à la réalité de l'autre. Ma réalité d'hypersensible inclut plus des réalités des autres. Avec une moindre sensibilité, nous n'avons accès qu'à une modélisation mentale, une imagination, une supposition de ce qu'est la réalité de l'autre. Il s'agit pour l'hypersensible d'une expérience de vie pure, bien plus riche qu'un modèle cérébral. Cette richesse devrait-elle nous faire peur ? Nous avons un meilleur choix dans les réalités, c'est en quelque sorte un choix des mondes qui nous est ouvert. Potentiellement, une meilleure adaptabilité. Potentiellement, une meilleure souplesse de pensée.

ET SI TOUT CELA AVAIT UN SENS ?

Hypersensibles, spasmophiles, mes frères et soeurs gnomes, handicapés et incongrus, se pourrait-il que nos sur-intensités non seulement soient mieux maîtrisables par un travail en profondeur sur soi, mais aussi que l'handicap s'avère être un don qui attendrait notre choix pour rayonner ?

ET LE COACHING DANS TOUT ÇA ?

Le coaching consiste à accompagner une personne sur ses objectifs réels dans le but de l’amener à élaborer elle-même ses propres solutions, à développer des apprentissages et son efficience pour faire face à ses changements ou résoudre ses difficultés. Le coaching se fonde sur l’écoute active empathique et procède essentiellement par le questionnement porteur de sens. Devant cette définition, quelque peu dense, nous pouvons préciser quelques points de positionnement notamment en regard de métiers plus connus comme le conseil et la psychothérapie. A la différence du conseil, en coaching l'expert : c'est le client. C'est lui qui décide de ses objectifs, qui choisit ses trajectoires et ses apprentissages. C'est lui qui vit sa vie et qui est ce qu'il est. Le coach se focalise sur le client, il cherche à voir, percevoir, éventuellement comprendre ce client : ce qu'il est, les ressources qu'il a, la façon dont il fonctionne. Et pour répondre à ces questions, au lieu de puiser dans sa propre science comme le fait le conseil, il pose au client les questions correspondantes. Les questions posées font sens pour le client et le poussent à la clarté.  Le coaching se focalise sur le présent du client et a pour vocation de l'aider à changer le présent, à préparer aujourd'hui un meilleur avenir. Le « meilleur » est encore une notion que seul le client saura définir. Cette focalisation présent – avenir est la différence essentielle entre le coaching et la psychothérapie. La thérapie sert à nettoyer les blessures du passé, le coaching cherche à faire mieux vivre tel que l'on est vraiment ici et maintenant. Les deux disciplines sont fondamentalement complémentaires.
Le coaching est questionnement, réalisme, pragmatisme. Il ne peut être sectaire. Il reconnaît bien d'autres complémentarités utiles dont la kinésiologie, l'ostéopathie, l'homéopathie, etc. Pratiquement, le coach reconnaît tout ce qui répondra favorablement à la question : de quoi avez-vous vraiment besoin ?

A QUOI SERT LE COACHING POUR UN HYPERSENSIBLE ?

Le coaching ne vous apportera pas de solution miracle. Le coach sait que le miracle c'est vous même. Toutes ces ressources qui sont en vous, certaines révélées d'autres qui ne demandent qu'à l'être, le coach les perçoit, ne les explique pas mais cherche avec vous à les activer. De notre point de vue de coachs hypersensibles, nous avons cette conviction que les effets de l'hypersensibilité ne sont que le revers d'une qualité exceptionnelle. Et si vous n'avez que faire de nos convictions, vous avez raison tant que cela ne vous aide pas. Concrètement, le coaching est une aide au quotidien pour mieux maîtriser les effets négatifs présents de l'hypersensibilité. Plus encore, le coaching mène à pratiquer de façon plus méthodique ce que sont vos éléments de solutions. Encore mieux, le coaching vous inscrit dans une attitude d'apprentissage par laquelle vous progressez en meilleure autonomie, en meilleure pro-activité. Mieux comprendre ? Peut être oui, peut être non. Mieux vivre, mieux gouverner, expérimenter, progresser pratiquement : oui.
Pour notre part, avant d'être une conviction, c'est un constat expérimental. Avant d'être coach, nous avons été des coachés. Avant d'avoir les connaissances de coach, nous avons parcouru un chemin expérimental qui part de nos hypersensibilités, de ces souffrances récurrentes dans les cellules de nos corps, nous avons progressé et progressons encore dans l'appropriation de nos ressources enfouies. Aujourd'hui, nous vivons mieux, tout à fait concrètement, au jour le jour. Et plus encore, le côté obscur de nos hypersensibilités s'estompe dans la lumière de talents que nous n'imaginions même pas. Nous n'avons pas de solution miracle à déposer, nous vivons le chemin. Nous n'avons pas d'enseignement à vous dispenser, nous avons cette envie de marcher ensemble, de partager nos expériences et plus encore nos succès. A quoi sert le coaching pour un hypersensible ? C'est bien votre réponse qui nous intéresse, c'est votre réponse qui sera la bonne.

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