La culpabilité


© Xavier Coquelle
article paru dans Spasmagazine N°23 Septembre / Octobre 2007


Ce n'est pas de ma faute !

Cette petite phrase est d'une fréquence et d'une ténacité invraisemblable. Elle est parfois vocalisée, surtout chez l'enfant, puis chez l'adulte, elle a une tendance à rester à l'intérieur comme quelque chose qui porterait un interdit. Effectivement, un peu plus profondément en nous, nous savons que cette phrase est une imposture. Nous sentons contre toute logique raisonnable qu'elle dit tout le contraire. Elle se rattache à un mea culpa racine que nous avons bien du mal à comprendre.
Si nous le voulons, nous pouvons faire cette petite expérience personnelle d'arrêter le flot de nos justifications intellectuelles qui démontrent si radicalement que "ce n'est pas de ma faute". Nous pouvons aller un peu plus profond dans notre conscience, là où se tient paisiblement notre capacité d'auto-observation qui est tout simplement réaliste et authentique. La petite phrase ne tient plus, elle n'a plus de sens. Et même, si dans cette région paisible de nous même nous nous disons "c'est ma faute" nous découvrons que cela sonne plus vrai. Et si nous restons encore un instant bien concentrés ici, bien calés sur notre coeur authentique, nous pouvons percevoir derrière ce "c'est ma faute" un large sourire intérieur.
Rester concentrés ! Résonner sur ce point et l'expérience sera gratifiante. Raisonner et ce sera ... une connerie de plus. Faites le ! Ou ne le faites pas.

Quelle est donc cette contradiction pas coupable – coupable ?

Une clef de l'évolution personnelle est de s'ouvrir à nos contradictions "inacceptables". Elles deviendront des paradoxes tolérables, s'inscriront dans une logique de niveau supérieur ou résideront dans le champ des mystères. Pourquoi s'offenserions-nous des mystères ? Par quel orgueil ? Ce n'est pas raisonnable ? Tant pis ... tant mieux.

 

La voie de la culpabilité est une douleur sans fin.

C'est la voie par laquelle nous buvons goutte après goutte ce poison psychologique par excellence. Tout ceux qui travaillent sur ce champ du psychologique le savent bien, rien ne peut se faire dans la culpabilité. Elle gèle toute vie, tout mouvement, tout développement de la personne. Et aussi tous les "mon pauvre chéri" n'y changent pas grand chose tant la culpabilité ronge de l'intérieur avec une redoutable efficacité. Alors quoi ?
Tout d'abord nous ne sommes coupables que par une loi qui n'est pas nôtre. Une loi certainement fort raisonnable qui dit clairement qu'il y a faute. Devrions nous abandonner ces lois externes ?

Construire nos règles personnelles inspirées par les lois des autres

Pas vraiment. Nous avons besoin d'une structure psychologique qui nous régule et qui cadre nos actions sans quoi nous devenons aussi stérile et figé que le meilleur coupable. Se structurer c'est adopter des règles personnelles par notre expérience personnelle, incluant notre expérience mentale et l'incommensurable somme des influences que nous rencontrons. La loi sera une influence qui deviendra une règle personnelle. Et notre expérience personnelle donnera lieu à des faux pas. S'en rendre compte est une bonne nouvelle, l'occulter ou culpabiliser est une mauvaise trajectoire.

Bannir la faute de notre vocabulaire et grandir de nos erreurs

Là, nous pouvons trouver une logique de niveau supérieur qui nous mène à passer de la contradiction : la faute c'est bien ! au paradoxe : les erreurs me font progresser. Alors nous pouvons substituer au terrible sentiment de culpabilité, celui, plus gratifiant, de grandir, de progresser.
Ce serait alors bien de faire des erreurs ? Bien sûr que non. Ce qui est bien c'est de sortir des erreurs.

Passer de la culpabilité passive à la responsabilité active.

Lorsque nous faisons une erreur, nous avons un premier choix à faire : en prendre conscience ou l'occulter. Savoir ne suffit pas. Les « ah oui, il ne faut pas que je ... » ne révèlent qu'une passivité qui aurait la même absence de résultat que l'occultation. Savoir seulement conduira à la culpabilité. La culpabilité jouera alors son rôle de vecteur d'inertie. La « prise de connaissance », la modélisation intellectuelle est une bonne cartographie. La carte n'est pas le territoire. La prise de conscience est d'un autre ordre. C'est une expérience plus intégrale, complètement personnelle. Elle correspond à un réel élan interne, une énergie perceptible par nous même et par ceux qui sont exercés à la capter (les hyper-sensibles notamment).
Puis vient le second choix qui est de passer à l'acte ou non. Si non, le souvenir de notre erreur restera comme un ancrage assez complaisant qui va facilement se nourrir de la culpabilité : « je suis une mauvaise personne par ma faute ». Ou bien oui, nous passons à l'acte, nous décidons d'être « une bonne personne » qui regardera en face ses erreurs et y trouvera une opportunité de tourner la page et de saisir l'impulsion pour aller là où il fait plus beau, là où nous sommes plus beau, dans une responsabilité active. Un nouveau mea culpa qui ne relève pas de la flagellation mais de la stimulation constructive. Allez, je vous laisse, j'ai encore plein d'erreurs à faire aujourd'hui.

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