La synchronisation

© Xavier Coquelle article paru dans Spasmagazine N°16 Juillet / Août  et N°17 Septembre / Octobre 2006

Faire face à l'autre, c'est confronter des états internes différents. Entrer en relation, c'est s'accorder pour faire une même musique harmonieuse. Une compétence métier en coaching, un apprentissage pour tous.


Nul besoin de sortir une encyclopédie, la synchronisation dont nous parlons est simple comme bonjour. Et bonjour lui-même est le premier terme utilisé dans la synchronisation d'une relation. Nous rencontrons quelqu'un et de cette rencontre va s'instaurer un échange : comment ? La synchronisation est l'acte par lequel un échange sera possible entre moi et l'autre. Activer la fonction « tuner », chercher à se retrouver sur la même longueur d'onde. La synchronisation a ses conditions et ses savoir-faire.
La première condition de la synchronisation est l'envie. Sinon changeons de trottoir, nous y perdrons un échange, nous y gagnerons peut-être ailleurs, Allez savoir ? A partir de l'envie, il reste quand même un chemin microscopique ou bien tout un monde à traverser lorsqu'une peur nous accompagne. Une peur ? Quelle peur ? Parfois nous aimerions bien savoir quelles peurs nous accompagnent. Plus souvent peut-être, nous hypersensibles, sommes focalisés sur un besoin intense de protection de soi, occupés pleinement à faire fonctionner notre machine de défense plutôt que de s'interroger. Alors parlons-en de ces systèmes de défense qui sont des freins à la synchronisation. Hypersensibles ou non, c'est un même combat. C'est juste l'intensité qui diffère : un microcosme ou un monde.

Qu'est-ce qu'il me veut celui-là ?

Nous avons tous rencontré des gens dont nous percevons une puissance protectrice qui nous engage à mieux échanger, mieux partager. Nous qualifions facilement ces personnes d'amis. Lorsqu'ils sont trop éloignés de nous pour mériter ce qualificatif, nous disons que ce sont des gens biens, de belles personnes. Avant cela, c'est la synchronisation qui est bonne. Ces personnes n'alimentent pas nos peurs, elles ont une qualité d'accueil et nous nous y connectons.
Sommes-nous simplement bien lunés ce jour-là ?
A contrario, d'autres personnes montrent un déploiement énergétique, une puissance active qui est plutôt bonne dans l'absolu mais qui peut nous rendre mal à l'aise. Nous y percevons une agression qui déclenche nos freins, renforce nos peurs et nos systèmes de défense.
Sommes-nous mal lunés ?
Ces personnes le mériteraient peut-être mais ce ne sont pas nos amis. C'est un exemple de frein à la synchronisation. Comme en photographie, l'appareil peut être bon et l'objet à photographier peut être beau, si les conditions de lumières sont mauvaises, la photo ne sera pas bonne. Ni l'appareil, ni l'objet ne sont coupables. Hypersensibilité et surexposition, avouons que cela puisse nous parler. Et comme en photographie, nous pouvons agir sur nos réglages, notre choix des angles de vue, des filtres, etc.

Les systèmes de défense sont des freins à la synchronisation


Si l'on nous propose d'expérimenter le saut à l'élastique sans élastique, nous avons deux options : le faire ou ne pas le faire. Dans le premier cas nous nous montrons ouverts, libérés de nos freins, entreprenants et un peu morts. Dans le second cas, reconnaissons que nous sommes un peu coincés, esclaves de nos peurs, renfermés dans nos freins ou systèmes de défense ... et en un mot : vivants. La protection, les systèmes de défense que nous déployons sont une condition sine qua non de la vie, une fonction vitale essentielle. C'est normal et mieux encore, c'est naturel. Nous pouvons alors nous consacrer à mieux comprendre certains systèmes de défense et même apprendre à mieux faire les menus réglages qu'ils méritent. Pour ne pas sauter sans élastique, nous pouvons faire ou penser à autre chose : c'est le système de l'état captif
Physiquement, ça ne va pas du tout, j'ai ceci ou cela mais inutile de parler de saut à l'élastique !
Ou encore
Vous parlez de saut sans élastique mais le concept de liberté est un paradigme subtil dans lequel s'inscrit une notion de succès car celle-ci est liée à un autre paradigme, celui du risque dont Louis de Broglie disait très justement : « Il n'y a pas de succès sans risque », et bla et bla et bla ...
En deux mots : l'élaboration mentale. Pour ma part, je préfère appeler cet état captif : « le petit vélo ».
L'état captif s'appuie sur une sur-représentation mentale de désordres qui peuvent aller d'une douleur physique plus ou moins intense à un simple inconfort. S'il n'y a pas de désordre physique, nous pouvons faire confiance à notre intellect pour construire un état captif. C'est tout aussi efficace et moins douloureux, ... au moins pour celui qui parle. 
Le petit vélo est le jeu de la supposition et des inductions logiques qui occultent la réalité présente dans un parcours survolté de nos croyances. C'est normal et humain, tout le monde a son petit vélo ... plus ou moins bien équipé.
Qu'il soit de source physiologique ou mental, le système de défense activé s'auto-alimente car notre mécanique de protection est douée d'automatisme réactionnel. C'est heureux pour notre survie, et plus mitigé pour notre capacité de synchronisation.
Pour l'hypersensible, le passage à un état captif est favorisé par la saturation des canaux de perception. L'image du saut sans élastique peut être telle qu'elle nous submerge, nous tétanise. A partir de là, nous n'entendrons plus rien, perdus à gérer tant bien que mal les effets négatifs qu'une telle visualisation génère.
Pourriez-vous me passer le sel s'il vous plaît ?
La saturation des canaux peut précéder la proposition de saut sans élastique. Nous n'entendrons simplement pas la proposition parce que nous sommes ailleurs. Non seulement tout le monde sait faire cela, mais c'est même une pratique quotidienne pour tout le monde.
Du sel ?
En dehors des mécanismes de protection et de leur surutilisation, la synchronisation dépend d'autres principes. Nous y reviendrons plus tard tout en notant dès à présent que, cher lecteur hypersensible ou non, vous ne nous avez toujours pas passé le sel.

Les hypersensibles sont les rois (potentiels) de la synchronisation.

Une condition indispensable à la synchronisation repose sur la capacité de perception des signaux. Sur ce point, ayons plein de compassion pour ceux qui ne sont pas hypersensibles, ces pauvres êtres égarés dans un monde qu'ils ne captent que trop peu. Avant même que quelqu'un ne nous voit, nous percevons par de multiples canaux ses états internes. Cette perception est, au moins au départ, vibratoire par opposition à élaborée, pensée, analysée. La perception s'impose : pan sur le bec ! Ces états internes sont le plus souvent très composites et incluent des petites souffrances, des petites peurs, toutes ces petites choses négatives qui nous assaillent et tendent à nous plonger dans des états captifs. Ils contiennent des émotions encore et encore jusqu'à notre saturation, et aussi tout un monde de beauté, d'aspirations bien moins bruyantes. C'est une symphonie de Beethoven agrémentée du murmure d'un chantier de construction. Les cinquante musiciens sont là et nous les entendons. Il ne nous reste plus qu'à les écouter, c'est-à-dire y mettre notre intention, y focaliser notre attention. N'oublions pas les cinquante ouvriers, ils font partie du décor mais ils ne doivent pas occuper tout l'espace en nous. Acceptons donc notre perception. Acceptons bien sa totalité car elle est exceptionnelle et lors de son apparition la perception est neutre. Les ondes sonores, les jeux de lumières et d'ombres, les odeurs et les goûts, les mouvements et pulsations plus subtils comme des milliers de vagues. Tout vibratoire, neutre au départ. Hyper-perçus. Des trésors d'indicateurs de synchronisation.
Et n'en oubliez quand même pas de me passer le sel.


La synchronisation - concrètement ?


Nous abordons ici un passage crucial de cet article sur la synchronisation où vous allez enfin pouvoir nous passer le sel.

Je pense donc je suis ailleurs

Nous sommes des êtres mentaux dotés de petits vélos, envolés dans l'extrême richesse de nos idées de génie ou parfois, plus rarement, affairés dans les méandres de nos suppositions inutiles. Si vous êtes dans l'un ou l'autre, je n'aurai pas mon sel, voire vous allez me passer le poivre. Quant à moi, si je n'arrête pas cet état interne fait, par exemple, de formulaires Cerfa et de date de paiement de TVA, je sens confusément que l'échange manquera d'une richesse souhaitable. La première étape sera dès lors de rendre neutre notre propre état interne, d'aller vers une envie d'échanger. Puis nous allons devoir faire chacun un bout de chemin l'un vers l'autre. Prenons l'hypothèse d'une première rencontre programmée, version neutre du « qu'est-ce qu'il me veut celui-là ? ». Allez, je commence :
Bonjour !
Si vous dites à votre tour “bonjour", c'est le début d'une belle relation. Cela nous est tous arrivé de voir débarquer devant nous des envahisseurs qui nous balancent directement des "et vous, vous pensez quoi de la culture industrielle du brocolis en moyenne montagne ?"
Même en aimant les brocolis, c'est désagréable. La synchronisation commence d'abord par une autorisation mutuelle d'entrer en échange, un accueil réciproque : simple comme bonjour !

Tu me cherches ?

Donc, la solution serait :
«Bonjour ! ... vous pensez quoi de la culture industrielle du brocolis en moyenne montagne ?»
ou bien
«Bonsoir ! ... et vous pour le régime de TVA vous êtes au mini-réel ?».
Il est possible qu'une telle approche marche. Ce serait une fort belle coïncidence. Partons plutôt de l'hypothèse que ces sujets pourtant passionnants ne soient pas si omniprésents ou universels. Le premier regard échangé porte de nombreuses indications. C'est encore plus évident pour les hypersensibles. Ces indicateurs peuvent faciliter la synchronisation à condition de bien rester conscient qu'ils ne sont que des informations filtrées, donc réduites, par notre état interne présent et par l'incommensurable somme de nos choix et conditionnements physiques, émotionnels et mentaux.
Nous captons plein de signaux de l'autre, comme de tout l'environnement, et la seule certitude que nous puissions avoir, c'est que nous les déformons au point qu'ils ressemblent beaucoup moins à ce qui a été émis par la personne en face. Notre réalité nous appartient. C'est aussi vrai pour l'autre !
Nous allons devoir le chercher, comme il devra nous chercher pour qu'un échange vrai puisse se faire. Si vous me dites, inspirés par les inconnus,
«TVA bien ?»
Bingo, vous m'avez trouvé du premier coup !
Toutefois, la qualité de l'échange pourrait être compromise peut-être par manque de synchronisation émotionnelle. Il me cherche celui-là ! Lorsque l'échange est établi et tant que nous restons attentifs à l'autre, nous pouvons suivre, avec une meilleure probabilité de réussite, notre perception voire notre intuition. Notre conscience de l'autre augmente. Nous pouvons mieux comprendre sa manière de fonctionner, détecter là où ça lui plait, là où ça ne lui plait pas (Cf. notion de calibrage en PNL). L'échange installé donne un contexte stable, une ambiance, un ton, un registre de communication commun. La ballade peut alors à moindre risque prendre des chemins plus créatifs voire confrontants. Pratiquement, nous pouvons chercher l'autre par un balayage des niveaux logiques dans le bon ordre : du moins impliquant au plus impliquant.

La balade du bitume à l'engagement spirituel

Exemple : «Bonjour ! .... Cette demeure est magnifique, n'est-ce pas ?»
Si vous aimez les pierres de taille, je marque un point. Sinon, la synchronisation marque un point quand même car nous sommes sur le terrain neutre de l'environnement qui ne nous implique pas personnellement. Et nous pouvons faire une longue ballade sur ce niveau d'une neutralité bien reposante. Il fait beau ou pas, le fond de l'air est frais, la luminosité est magnifique, etc.
Puis, nous pouvons essayer le niveau des comportements, c'est-à-dire de notre rapport personnel à l'environnement.
Et arriver sous ce petit brin de soleil, je trouve ça bien agréable, pas vous ?
Cette veste vous va comme un gant, et je n'aime pas ce temps humide, et c'est bien agréable pour moi de rencontrer de nouvelles personnes, ...
Chacun son truc, chacun sa perception de l'environnement et sa façon d'y réagir.
Ensuite, nous pouvons aborder le niveau des capacités et ressources.
Vous avez trouvé facilement ?
Notons qu'une telle question si banale peut engendrer un profond malaise.
Et bien non, je n'ai pas trouvé facilement, j'ai tourné pendant une heure, je suis tombé en panne d'essence, je suis garé à deux kilomètres, je suis tout essoufflé, je suis trop nul ! Tout le pouvoir de notre compassion aura bien du mal à remonter la barre : «mais non, tu n'es pas nul !». Est-ce que cela rassure vraiment ? Tentez alors l'environnement : «oui, c'est vrai que les indications routières sont insuffisantes, les noms de rue peu visibles, la chaussée déformée, il y a un brouillard à couper au couteau, ...». Même à travers une question qui s'avère explosive, nous avons progressé vers une meilleure qualité de synchronisation. L'échange est plus riche et engageant. Je préfère toutefois envisager une synchronisation vers un échange agréable et constructif. Pour ce faire, à ce niveau des capacités et ressources, visez les ressources et les apprentissages. Examinez par exemple la question suivante :
Je n'ai pas trouvé cet endroit si facilement, je devrais amener un plan avec moi. Et vous, vous avez trouvé facilement ?
Elle offre sur un plateau à votre interlocuteur une position haute en termes de capacités “ça va, j'ai trouvé facilement”. Trop fort ! Et une piste d'apprentissage si nécessaire : Oui, je devrais aussi me procurer un plan plus actuel. Bien vu ! Et si nous passions à table, qu'en pensez-vous ? A ce stade de la synchronisation, c'est notre capacité d'échange voire même d'écoute qui s'ouvre enfin et bien d'autres.
A la question : Pourriez vous me passer le sel, s'il vous plaît ?
Et bien oui, vous pouvez le faire : Bingo !
Vient ensuite le niveau des croyances.
La gestion de la TVA c'est un truc de dingue, complètement illogique et en plus la TVA c'est de l'escroquerie institutionnelle. Vous dis-je !
Et vous croyez le contraire. Je ne vous en veux pas mais expliquez-vous ! Ainsi, deux heures après, je vous ai expliqué comme j'ai raison, vous m'avez exposé votre compréhension de la notion de valeur ajoutée et des financements publiques qui permettront de mettre des panneaux indicateurs pour venir plus facilement ici. J'ai fait évoluer mes croyances et vous avez aménagé les vôtres. Un grand sentiment de compréhension mutuelle !
De plus en plus engageant est le niveau de l'identité. Nous avons deux identités, celle de notre carte et celle, plus profonde, qui nous définit vraiment. La carte d'identité, c'est ce truc en plastique avec nom, date et lieu de naissance, taille, adresse, signature et une photo qui montre une cabine sous une mauvaise lumière et l'image ratée d'un personnage au milieu. Personnellement, je classerais plutôt cette chose dans le niveau logique de l'environnement. Sinon, il y a l'autre identité, celle qui a du relief, de la belle lumière, celle qui est unique, celle qui nous permet de dire : «ça, c'est moi !».
L'identité profonde est celle qui nous fait dire aussi de nous-même un paradoxal «ça, ce n'est pas moi». Et nous avons raison : nous sommes beaucoup mieux qu'il n'y paraît ... y compris à nous-mêmes. Les échanges à ce niveau sont particulièrement riches dès lors que nous nous penchons sur l'identité de l'autre au-delà du filtre déformant de nos croyances ou de la synthèse non moins déformante de notre carte d'identité voire de notre CV. Ces échanges sont plus rares, ce sont des échanges amicaux. Charge à nous-même d'y accéder, l'exercice de la synchronisation aidant.
Enfin, le niveau des missions est le Graal de la synchronisation. La mission est la chose qui dépasse notre identité et à laquelle nous sommes essentiellement connectés. Vous faites une collection de timbres uniques au monde, vous contribuez à une association qui oeuvre pour favoriser l'atteinte d'une sérénité par des spasmophiles, vous êtes obsédé par l'évolution de la conscience humaine, ... Bref, vous oeuvrez pour le monde et votre oeuvre vous dépasse. Le monde la capitalise, les générations futures en hériteront. Voilà ce que peuvent être des missions. Les échanges à ce niveau-là ? Je vous laisse deviner, ou mieux pratiquer, la richesse et la puissance que cela peut être.

Pour l'hypersensible, c'est une synchronisation difficile, un rêve qui demande de traverser des couches et des couches d'émotions. Et pour l'hypersensible, sans doute y a-t-il une excellence particulière sur ce niveau d'être, une puissance particulière à l'échange synchronisé sur ce terrain. Les hypersensibles sont peut-être les premiers explorateurs d'une notion de synchronicité, d'un échange d'une telle richesse qu'elle crée vraiment un monde meilleur.
Je reprendrais bien un peu de sel, du sel de la vie.

Les niveaux logiques

  • Environnement
  • Comportement
  • Capacités & ressources
  • Croyances
  • Identité
  • Mission

(Pour en savoir plus : Dilts)

Etapes de synchronisation

  1. Neutralisation de notre état interne
  2. Autorisation – accueil : bonjour
  3. Détection du niveau d'entrée (Niveaux logiques)
  4. Approche progressive neutre : entrer par l'environnement puis remonter les niveaux logiques
  5. Échange : suivre ou proposer la balade sur les différents niveaux logiques
    • Échange agréable : mener sur des terrains constructifs pour les deux.
    • Au-delà de la synchronisation, chercher à atteindre une synchronicité qui dépasse l'échange individuel.

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