Personnalité et identité

© Xavier Coquelle article paru dans Spasmagazine N°21 Mai / Juin 2007


La confusion fréquente entre la personnalité et l'identité peut être une grande source d'erreur, à coup sûr elle nuit à notre équilibre.


La personnalité est définie comme l'organisation structurée et dynamique des modes d'« être », de penser et d'agir d'une personne.
Elle correspond à nos modes de fonctionnement. Ne nous y trompons pas, la personnalité définit « comment je suis » plus que « qui je suis ». Imaginez un peu qu'un jour peut être vous vous seriez mis en colère (en tout cas, moi j'y arrive bien). Pourrions nous dire que vous êtes la colère ou même qu'elle permet de vous définir ? Vous n'êtes pas colère, alors qui êtes vous ? Au delà d'un premier niveau de réponse très conventionnel et très normalisé - neutralisé qui pourrait s'exprimer par notre curriculum vitae, le « qui je suis » fait peur. La question, au delà de cette superficie, nous inscrit dans une différence radicale où je suis certainement unique et implacablement seul. L'idée est difficile à supporter. La question « qui suis-je ? » plonge dans un vertige existentiel. Le tout cartésien « je pense donc je suis » ne peut occulter que je suis plus que ma seule pensée. Pire encore, puisque je suis autre que ma seule pensée, celle ci ne peut pas savoir la totalité de ce que je suis. Comment pourrai-je savoir intellectuellement ce qui dépasse le champ de l'intellect ? Sans réponse raisonnable plausible, il nous reste un chemin personnel. C'est le « connais-toi toi même » qu'aucun modèle et même qu'aucune vérité intellectuels ne saurait embrasser.
Et pourtant, ce "qui je suis" unique, cette identité profonde est la source réelle de l'énergie psychique individuelle. C'est la source de notre puissance personnelle, c'est ce feu que nous sentons parfois sans bien comprendre (et pour cause !) et sans l'avouer bien sûr car c'est une sensation, une expérience purement personnelle par trop indescriptible donc hors norme (intellectuelle).
L'approche de la personnalité évite prudemment cette dimension. Plus comportementaliste, elle s'appuie le plus souvent sur des catégorisations rassurantes et des postulats simplificateurs. Dans une situation donnée, comment ai-je l'habitude de réagir ?
Par exemple, le postulat du MBTI est qu'une personne ne peut exprimer simultanément des polarités opposées (introversion ou extraversion, sensation ou intuition, pensée logique ou sentiment, jugement ou perception). C'est simplificateur et pratique. Cela peut être réducteur et même incapacitant si cela nous interdit de voir la réalité parfois paradoxale que nous vivons tous.
Les fondateurs sérieux des principales typologies de la personnalité ont tous, à ma connaissance, signalés comme essentiels la nécessité de relativiser leur typologie et de ne l'employer qu'avec un profond respect des autres dimensions d'une identité toujours plus vaste et jamais modélisable.
Imaginez un peu qu'un jour peut être vous vous seriez senti vulnérable. Du point de vue de la typologie DSM IV, cela relève de la catégorie : paranoïaque ! Les hypersensibes sont mal barrés, voire bien barrés selon le point de vue où l'on se place. Calmons nous ! Vous n'êtes pas paranoïaque, pas plus que la vulnérabilité ne peut vous définir spécifiquement.

Le travail sur sa propre personnalité a une valeur pragmatique importante.

En premier lieu, il permet de réaliser que nous avons tous des modes de fonctionnement spontanés, que ces modes sont partagés par beaucoup de personnes, et qu'il y en a d'autres différents qui favorisent d'autres façons de percevoir, de voir, de réagir, d'agir. Ensuite mieux comprendre ce « comment je suis » ouvre sur la capacité de faire des ajustements utiles sur nous même et sur notre communication avec les autres. Un bon travail sur la personnalité est celui qui la fait évoluer, qui la change. Il aide à corriger nos dérives comportementales, à mieux comprendre et accepter celles des autres. Le travail sur la personnalité est donc bougrement bienfaisant.

Il aide à mieux faire. Mieux être est d'un autre ordre.

Ne seriez-vous que ce que vous faites ? Nos comportements démystifiés et enfin rendus évolutifs, nous pourrons alors réduire notre peur d'affronter le « ce que je suis ». Nous pourrons mieux voir alors la perle de l'identité sous la poussière de la personnalité. Nous pourrions être moins affectés par le faire et mieux repli par l'être. Mieux aimer, mieux s'aimer.
Du point de vue du praticien, il nous est possible de faire venir des personnes et d'animer des séances de travail sur la personnalité, c'est louable et bien utile. Nous pouvons peut être faire plus et mieux, faire autre. Aller vers la personne, la rencontrer là où elle est plus que le résultat de ses fonctionnements. Etre là où nous sommes vraiment avant même d'être praticien. Percevoir avec respect et amour la personne et la beauté qu'elle ne peut manquer d'être.

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